Thylacine, 9288 kilomètres de Transsibérien

En avril dernier, on a rencontré Thylacine et il nous a parlé de son projet de composition à bord du Transsibérien. L’idée, c’était de rallier Moscou à Vladivostok, suivi tout au long du voyage par une caméra, dans sa cabine du Transsibérien ou en dehors, pour en faire un documentaire. Et surtout, composer un album, avec un matos que l’on suppose minimal, en s’inspirant de tous les éléments du voyage.
Thylacine a embarqué en mai, et aujourd’hui, après avoir diffusé pendant un mois les dix épisodes du documentaire, l’album Transsiberian est sorti.

La série de vidéos-documentaire pourrait se résumer à “le teaser le plus cool de la terre” :
au fur et à mesure du voyage, on suit Thylacine dans l’élaboration de chaque morceau, ce qui l’inspire, comment il travaille. On voit naître les morceaux avec les enregistrements maisons de Thylacine, qui lui ont servi de base : les sons qu’il rencontrait (à bord du train et ailleurs), qui l’inspiraient, ont été enregistrés, puis utilisés comme matière brute pour chacun de ses titres.
Ce doc c’est une forme plutôt inédite d’approcher le processus de création : on suit Thylacine dans ses excursions, on le voit bosser, jusque tard dans la nuit, mettre en forme, réfléchir.. On voit moins en revanche les moments de stress ou de panne d’inspiration, auxquels on pourrait s’attendre, dans cet univers clos, confiné du train. Thylacine explique, toujours doucement, ce qu’il fait, parfois ses doutes aussi, il raconte ce qu’il voit, ce qu’il vit.
Le documentaire permet de s’immerger dans la vie du Transsibérien et de ses passagers, pendant les 9288 kilomètres de trajet. C’est aussi une super belle manière de voir la Russie, ses paysages impressionnants, et ses villes, aux noms plus ou moins prononçables, au côté parfois désuet et aux bâtiments soviétiques qui donnent l’impression que le temps s’est figé.
Et puis surtout, les gens et les musiques, les traditionnelles et les plus actuelles, que Thylacine a croisées sur son chemin. On voit des univers musicaux totalement éloignés se connecter, se comprendre, et créer ensemble : c’est très beau. Ce mélange, ce syncrétisme musical, se ressent beaucoup sur l’album : ici, le chant d’un chaman s’accompagne super bien des rythmes électro légers de Thylacine. A Vladivostok, terminus du projet, on suit Thylacine dans un bar la nuit, où il mixe, et, en quelques secondes, on s’imagine à quoi peut ressembler la vie nocturne au bord du Pacifique russe.

 

 

Transsiberian s’écoute comme un souvenir auditif du voyage, des hauts-parleurs de la gare de Moscou à l’harmonie des chants croisés à Irkoutsk, en passant par le bruit incessant, répétitif et mécanique, du train qui avance sur les rails.
Morceau après morceau, on explore musicalement la Russie. On entend des conversations, enregistrées dans le train peut-être. Sur “Belobezvodnoe”, on écoute le chant des femmes d’un petit village près de Kazan, deuxième étape du voyage. Sur l’album, on croise aussi Aïkhai et Mandukhaï, deux enfants qui chantent, accompagnés de quelques notes de piano de Thylacine. Ça dure 41 secondes et c’est magnifique.

Ce qui est assez fascinant, c’est la facilité avec laquelle les différents éléments des morceaux se mêlent. A l’écoute, on a un sentiment d’intimité avec l’expérience vécue par Thylacine : l’album ne sonne jamais faux et se ressent comme la mémoire sensible d’un projet vraiment vraiment pas comme les autres.

L’album s’écoute ici :

Juliette Paraponaris

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