60ème édition du Salon de Montrouge : la relève de l’Art Contemporain

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Depuis 1955, le Salon de Montrouge réunit les jeunes artistes de l’Art contemporain pour leur proposer un véritable tremplin. Le Salon jouit d’une spécificité qui fait d’ailleurs sa renommée : son collège critique. Dans ce cadre, 17 personnalités du monde de l’art se réunissent pour sélectionner 60 artistes parmi près de 3 000 candidatures, mais aussi pour établir un suivi des artistes dans la préparation du Salon – choix des œuvres, conseils pour l’accrochage. Véritable expérience professionnalisante, la participation au Salon ne peut être répétée : c’est donc une opportunité unique de voir des artistes qui composeront sûrement la scène artistique de demain.

Les plus :

  • Une édition très réussie avec une pluricité des supports – peinture, dessin, sculpture, vidéo, photographie, techniques mixtes. Chaque artiste semble répondre à des thématiques différentes, le tout avec un lien commun : celui de réussir à faire de l’Art qui puisse parler à tous. Aucune œuvre ne laisse indifférente.
  • Un parcours parfaitement agencée : la visite du Salon malgré ses 60 artistes n’est pas longue, et l’on déambule facilement d’un artiste à l’autre grâce aux explications avisées du Collège Critique qui rédigent les notices de présentation.
  • Certaines œuvres sont d’un très haut niveau : Wei Hu, Jerome Cavaliere, Julie Luzoir, Marion Bénard et Marion Bataillard – lauréate du Grand Prix du Salon. La créativité ne leur manque pas, et on ne peut qu’espérer que leurs approches vont bousculer l’art contemporain de demain.

Les moins :

  • Il aurait pu être intéressant, pour la 60ème édition du Salon, d’ajouter des œuvres d’anciens lauréats. Un anniversaire, ça se fête ! L’étage, un peu caché, révèle de nouvelles œuvres de l’invité d’honneur Jean-Michel Alberola ; mais on aurait préféré retrouver d’anciens lauréats – Felice Varini, Hervé di Rosa …
  • C’est un salon d’art contemporain. Certains artistes sont restés dans des schèmes très classiques, ou ont choisi au contraire des œuvres provocantes parfois peu compréhensibles. A chacun sa sensibilité là-dessus.

Note : 4,25 sur 5 artichauts

Le Salon de Montrouge est une page de l’histoire artistique à lui tout seul. Depuis 1955, le Salon s’est progressivement axé sur la jeune création européenne. Après avoir présenté les œuvres de Fernand Léger en 1965 et même Pablo Picasso en 1970 – 27 de ses œuvres étaient exposées ! – le Salon se consacre à la Jeune Création Européenne à partir de l’an 2000. Le Salon était le lieu idéal pour accueillir et aider les nouveaux créateurs du monde de l’art contemporain – n’était-ce pas d’ailleurs en 1966, au 11ème salon de Montrouge que le terme d’ « art contemporain » était inventé ?

Chacun peut tomber sur un ou des coups de cœur : après tout, avec 60 artistes sortant juste parfois d’écoles d’art – la benjamine n’a que 24 ans – il y a un embarras de choix des supports, des techniques et des émotions qui touchent différemment les visiteurs du Salon. Dans l’impossibilité d’être exhaustif, nous allons présenter certains artistes qui nous ont touché particulièrement.

 

Extrait: « LA LAMPE AU BEURRE DE YAK », Hu Wei, 2013, vidéo, 16 minutes dans son intégralité

Tout d’abord, le grand coup de cœur est Wei Hu : dans une petite salle noire est projetée son film La Lampe au beurre de Yak. 16 minutes qui valent le détour : on y trouve toute l’authenticité d’un homme qui regarde sa société d’origine – celle de la Chine – où il invite des familles à poser devant des bâches gigantesques représentant différents décors comme la Muraille de Chine, les rues de Shanghai… Dans le regard des familles, qui payent un photographe pour avoir ce souvenir, on entrevoit le comique et le tragique de leurs situations : familles condamnées à rêver d’un monde inaccessible, mais si contentes de conserver une photographies de ces rêves irréalisables.

Autre artiste, Pierre Buttin n’a que 28 ans mais reste dans une approche conceptuelle de l’art très intéressante, voire comique. Il s’était fait remarquer en 2011 en envoyant 24 formulaires de participation à l’exposition de Noël MAGASIN, tous différents et de plus en plus élaborés, comme un calendrier de l’Avent avant l’heure – il sera retenu et exposé. Puis c’était en 2012 As long as it’s wood où 3286 crayons censés être identiques étaient accrochés sur un mur, afin de voir que l’uniformité était un mensonge. Ici avec ses 500 signatures, il affiche les signatures de 500 artistes à qui il a envoyé une carte blanche – Daniel Buren, Caroline Corbasson, Invader – qu’il affiche, comme un parrainage de 500 artistes pour son œuvre, référence aux élections présidentielles. Toute la réflexion menée derrière cette œuvre de quatre mètres sur deux impressionne pour un si jeune artiste.

Pierre BUTTIN, 500 signatures, 2014, 500 cartons signés par des artistes français, 100 x 800 cm © Salon de Montrouge

Pierre BUTTIN, 500 signatures, 2014,
500 cartons signés par des artistes français, 100 x 800 cm
© Salon de Montrouge

 

Nous avons eu la chance de rencontrer Jerome Cavaliere, artiste français jouant sur les codes de l’art et prônant la « désacralisation de l’artiste ». Sa première œuvre, Désaccords, est d’ailleurs disponible en ligne sur Dailymotion. « Des vidéos sont récupérés sur internet, on les télécharge, on refait les sous-titres et on les remet sur internet. Les vidéos ne nous appartiennent pas. Les sous-titres sont faux et relatent des bastons entre artistes et commissaires d’expositions. C’était pour pousser une fiction. Chaque vidéo est sur un compte Dailymotion différent, de Swaggdu92 à Surfergege, afin de mieux s’intégrer sur Internet et de ne pas avoir le statut d’œuvre d’art ». La deuxième œuvre qu’il présente est Competitions are for horses, not artists, titre repris d’une phrase de Bela Bartok. « Une petite télévision de PMU diffuse un reportage de BFM TV, avec deux étagères comportant des échantillons de sang et des échantillons d’urine. La vidéo diffuse un reportage sur un centre de contrôle antidopage créé pour contrôler les artistes lors des expositions. Est-ce que la vidéo est un vrai reportage ? Est-ce que les échantillons sont vrais ? L’idée est d’avoir le doute à la fin, de la véracité de ce qu’on nous donne à voir. Le reportage est un vrai reportage, mais j’ai fait appel à un professionnel de la voix off pour refaire le texte ». Deux œuvres déroutantes, mais comiques et qui donne de la légèreté dans ce monde de l’art parfois trop peu ouvert au public non averti.


Un hipster pete un cable dans un resto par arialblackswag3000 (exemple d’extraits vidéos réalisés par Jérome Cavaliere)

Enfin, parmi nos choix, une artiste qui fait partie du Parcours Hors les Murs, situés sur l’avenue même du Beffroi, à moins d’une minute à pied du lieu d’exposition. Marion Bénard, présente dans le Salon avec son œuvre Housse, dessin d’une peau d’ours servant de housse de couette – très réussi par ailleurs – est aussi présente en extérieur avec Persistant, un arbre aux feuilles nouées. Face aux feuilles d’un arbre condamnées à chuter en automne, l’artiste fait le pari absurde de résister à cette fatalité en attachant chaque feuille à sa branche. Une œuvre simple, et pourtant qui fait réfléchir sur la possibilité d’un art cherchant à remettre en cause les limites imposées par la nature.

Ainsi, ce Salon de Montrouge est une occasion unique de s’initier ou de profiter d’un art contemporain devenu si cher aux autres Foires et salons d’Art contemporain – 40€ pour la FIAC, 22€ le Art Paris Art Fair. Avec soixante artistes, la palette est large et tous peuvent se faire une opinion sur les différentes œuvres. Chacun ressort avec au moins un artiste qui lui a plu : un moyen facile de découvrir en profondeur les différents médias de l’art contemporain aujourd’hui et qui sait, de découvrir le Damien Hirst ou Daniel Buren de demain.

Nicolas THERVET

Salon de Montrouge

5 mai 2015 – 3 juin 2015

Le Beffroi,

2 place Emile Cresp, 92120 Montrouge.

Ouvert tous les jours 12h à 19h

Entrée libre et gratuite

Programme complet : www.salondemontrouge.fr

Après lecture de l’article, le Salon nous informe afin de rectifier : pour le parcours hors les murs, 4 squares sont investis par 4 anciens participants : Stéphanie Cherpin, Simon Nicaise, Nøne Futbol Club (Prix du conseil général des Hauts-de-Seine pour la 58e édition) et Stéphane Vigny. D’autre part, l’exposition « Parti(e) du paysage » organisée par la galerie nomade Simon Cau propose une exposition collective dans une ancienne pharmacie (47 avenue de la République) autour de 10 artistes d’anciennes éditions (Thibaut Duchenne, Benjamin Efrati, Jérémie Grandsenne, Alice Guittard, Thomas James, Eléonore Joulin, Paul Maheke, Constance Nouvel, Yannis Perez et Ludovic Sauvage). Enfin, à l’occasion des 60 ans du Salon, Tatiana Wolska, lauréate du Grand Prix du Salon 2014, a conçu une oeuvre in situ au Palais de Tokyo, visible depuis le 11 avril 2015 jusqu’au 13 septembre 2015, sous le commissariat de Daria de Beauvais.

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