Aux antipodes (et bientôt près de chez vous): Kirin J Callinan

Kirin J. Callinan Une

À défaut de nécessairement faire de vous une pub Rip Curl, grandir sur une plage d’Australie donne parfois de curieux résultats:

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Ancien guitariste du groupe sydnéen Mercy Arms, Kirin J Callinan est l’une des figures les plus déjantées de la scène alternative australienne. Son (parfois très mauvais) goût pour la provocation et son regard vitreux évoquent les individus peu recommandables peuplant les films de John Waters; et si il est une chose aussi déstabilisante que le personnage, c’est bien la musique qui émane de son esprit tordu.

Guitares hystériques, disco maléfique, arrangement chaotiques et une avalanche d’autres choses en -ique vous dissuaderont bien vite d’essayer de tout ranger dans des cases.

Laissez-le simplement vous prendre par la main et il ne vous arrivera rien (ou presque).

Quelques temps plus tôt, j’avais eu droit à une chanson de geste passionnée narrant les nombreux faits d’armes accumulés lors de ses lives. Il y avait apparemment deux ans de cela que, au cours d’une mise en scène sournoisement orchestrée, une petite vieille avait fait irruption sur scène pour lui casser sa guitare devant un public interdit…

Tout menait donc à braver le crachin melbournien un dimanche soir pour aller vérifier si l’intéressé est à la hauteur de sa réputation.

Dans la salle du Melbourne Festival, ça ne tarde pas à devenir rigolo. Tout semble en effet en place lorsque qu’apparait sur la scène une jeune femme blonde qui attrape le micro d’un air mal assuré: « Bonsoir, je m’appelle Molly et je vais vous faire un petit show avant l’arrivée de Kirin. » Mozart se met alors à raisonner dans la salle tandis que Molly siffle magistralement l’Air de la Reine de la nuit. Tout le monde est sur le cul.

Ce n’est qu’ensuite que Kirin peut tranquillement faire son entrée, commençant par prier le public de bien vouloir l’excuser d’être en pyjama. Peu importe, il l’enlèvera au bout d’un quart d’heure. Et si vous pensiez qu’on ne peut décemment pas prendre au sérieux un jeune homme avec des queues de rat qui saute partout sur une scène en caleçon rose bonbon, vous vous trompiez.

Musicien aussi inventif qu’organisé, il n’oublie pas de se servir consciencieusement de la trentaine pédales d’effets disposée devant lui, bidouillant deux trois ressorts avant de continuer ses blagues  graveleuses. Puis, armé de sa voix caverneuse et d’un sens de la performance assez…fascinant, il envoie des décharges avec sa guitare magique totalement trafiquée, se permettant au passage de caser des instrus aux relents de vodka-pastèque dignes des heures les plus sombres des clubs d’Ibiza.

Malgré deux titres phares passés à la trappe (Way to War et Victoria M.), il joue parmi de nouveaux morceaux l’anachronique et non moins excellent The Edge, composé avec Donny Benét (un autre sydnéen, pas triste non plus) et sort son plus bel accent australien à couper au couteau sur Embracism.

Et comme derrière ces yeux déments se cache une personne chaleureuse qui n’en a rien à cirer du quatrième mur, il fait bien entendu monter le public sur scène pour interpréter les choeurs sur la dernière chanson avant de lui faire plein de gros câlins.

Kirin J. Callinan était à Paris pour raconter l’histoire de son oncle naturiste au Pitchfork Music Festival

Asia Kevinez

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