50 nuances de Grey ou Le SM pour les nuls

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Ecoulée à plus de 100 millions d’exemplaires, la trilogie Cinquante nuances de Grey de la britannique E.L. James a pris vie sous les traits de Dakota Johnson et Jamie Dornan. Interdit en Malaisie, au moins de 12 ans en France, au moins de 17 ans aux États-Unis, et encore accompagné d’un adulte, au moins de 18 ans au Royaume Uni, le film a su se montrer à la hauteur du livre, et mal lui en a pris.

Le premier tome s’embourbait déjà dans les clichés, mettant en scène une romance mielleuse à la limite du supportable. Christian Grey, un milliardaire de 27 ans, génie des affaires et de la lutte contre la faim dans le monde, pilote émérite d’avion, d’hélicoptère et de belles décapotables, rencontre Anastasia Steele, une étudiante en littérature anglaise d’origine modeste et vierge de surcroît, qui s’amuse à préparer le petit déjeuner en se trémoussant dans la chemise de son homme en rêvant de conjugalité.

Une fessée, puis deux, et peut être est ce ici que réside tout l’intérêt de l’histoire.

Seulement voilà, censées être sensuelles, voire érotiques, les scènes sont interminables et la conception manichéenne du livre qui oppose au pays de Candy, l’obscur dominant à la gentille ingénue ne trouve pas grâce à l’écran. Sur plus de deux heures de film, seules vingt minutes seront consacrées aux scènes de sexe, tandis qu’elles représentent une partie omniprésente de la construction de la relation entre les deux protagonistes.

Tandis qu’Anastasia se dévoile à l’écran, la caméra insistera presque sans aucune pudeur sur sa nudité tandis que son amant ne sera qu’entraperçu de dos. Les scènes sadomasochistes, entre liens, menottes et autres cravaches, ne parviennent pas à provoquer autre chose chez le spectateur que du ridicule, quand ce n’est pas de l’hilarité.

La mise en scène des ébats de Christian et Anastasia respecte tant les règles de l’hygiène et du savoir vivre qu’elle rend impossible la création de la moindre tension sexuelle dans un film dont c’est pourtant le thème principal. Cette tension, censée être inéluctable et irrésistible, se révèle aussi inexistante que la consistance du jeu des deux acteurs principaux, aussi fade que les personnages qu’ils incarnent.

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Pourtant, la première personne à quitter la salle le fait bien avant la première relation de « sexe vanille », sans relation de dominant à soumise, après seulement trente minutes de film, sans doute exaspérée par la platitude d’un énième dialogue qui ne décolle pas. Un des nombreux souvenirs mémorables, ou pas, de cette joute verbale :

« Anastasia, voici ma salle de jeux.

– Genre avec une Xbox, tout ça ? »

Plus gênant encore, le parti pris du livre et du film de traiter le sadomasochisme comme une déviance, source de souffrance pour celui qui la pratique, marginalisé, à la limite du trouble médical, et non comme un acte d’émancipation transgressive et donc de liberté.

On ne peut pourtant s’empêcher de trouver des excuses à ce fiasco : trop d’enjeux commerciaux, de contraintes grand public, d’attente des fans et de l’auteur E.L. James. A vouloir contenter tout le monde, le résultat est un film hybride sans âme, sans interprétation, qui semble se parodier lui même.

Tout bien considéré, 50 nuances de Grey est une initiation aux pratiques SM : deux heures interminables de punition ou le seul à souffrir est le spectateur.
Pour les plus curieux.

Pauline Gaucher

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