45 years

12019162_10207489720744093_1942424639_o

45 Years de Andrew Haigh. Sortie le 27 janvier 2016 en France.

A une semaine de la célébration de leur 45ans de mariage, Kate et Geoff voient leur vie de vieux couple ébranlée par l’arrivée d’une lettre. Le corps de l’amour de jeunesse de Geoff, disparue lors d’une randonnée dans les alpes, vient d’être retrouvé, conservé tel quel par la glace pendant cinquante ans. C’est au travers des yeux de Kate (Charlotte Rampling) que l’on découvre peu à peu les secrets de son mari, bien cachés dans le grenier de la maison. Sans enfant, le quotidien de cette vielle femme est fait de promenades matinales avec son chien, de sorties en ville et de lectures jusqu’à 21h. Peu ou plus de sexe mais une routine apaisée et joyeuse, jusqu’à cette lettre, qui tout d’un coup sème un doute et amène des regrets. Chaque jour de la semaine précédant la fête d’anniversaire commence par le même rituel narratif et cinématographique : une promenade dissipant l’anxiété de la veille. La campagne anglaise et ses couleurs se découvrent lorsque le brouillard se lève. Mais minute après minute, de nouvelles questions arrivent et c’est le cœur lourd qu’on voit se coucher les personnages.12048948_10207489720624090_1106700397_n

La musique, discrète mais toujours pertinente apporte à des scènes à priori banales une dose d’émotion inexprimable, lorsque le couple danse, lorsque Kate s’assied au piano ou encore quand elle énumère au DJ la liste des chansons de la soirée d’anniversaire alors qu’elle vient de découvrir le secret le plus important de son mari.

Peu de mots dans ce film qui en dit pourtant beaucoup. Le jeu subtil de Charlotte Rampling et les quelques gros plans sur son visage ridés suffisent à nous transporter dans ses pensées, agitées par le fantôme de cette autre femme qui, si elle n’était pas morte, serait à sa place. L’interprétation de Tom Courtenay colle tout à fait au personnage, un vieux peu habitué à se replonger dans le passé, totalement chamboulé à un âge qui ne le permet plus. Toutefois, son regard vide fait pâle figure à côté des yeux perçants de Charlotte Rampling qui n’a rien perdu de son charme. Sa beauté n’est évidemment plus la même, mais son naturel persiste et son visage fatigué a plus de force car on y trouve les traces des émotions passées. Son jeu permet de lire en elle comme dans un livre et son prix à la Berlinale est largement mérité.

12050917_10207489720664091_1837445616_o

La photographie est assez contemplative, sans pour autant être passive. Le rythme du film s’adapte au rythme de la retraite. De longs silences ponctuent les conversations du couple comme s’ils s’étaient tout dit en 45 ans de mariage. L’amertume de certains regards ou de certaines paroles montre le contraire.

On pourrait croire que 45 years est un film sur la vieillesse, mais les questions qu’il pose sont beaucoup plus universelles : Que laisse-t-on à ceux qui nous ont aimé ? Que laisse-t-on à ceux qui seront aimé après nous ? Est-il possible de revenir sur des choix de jeunesse à plus de 70ans ? N’y a-t-il que lorsqu’on est jeune qu’on peut tout plaquer ? Que connaît-on de ceux qu’on aime ? Doit-on et peut-on tout connaître de l’autre ?

Mathilde Dumazet

12043527_10207489720864096_98280890_o

Leave a Reply