1h10 sous haute surveillance

Photographie VIncent Pontet

« Sans doute une des fonctions de l’art est de substituer à la foi religieuse l’efficace de la beauté. Au moins, cette beauté doit elle avoir la puissance d’un poème, c’est à dire d’un crime »
Jean Genet à Jacques Prévert

Jusqu’au dimanche 29 octobre, Cédric Gourmelon nous présente, au Studio de la Comédie Française, Haute Surveillance de Jean Genet. Cette mise en scène est loin d’être la première pour lui dans l’oeuvre de l’auteur des Bonnes, et c’est à la fois avec brio et simplicité qu’il fait revivre sur scène l’âme du dramaturge. Un petit point sur son parcours permet de mieux comprendre son oeuvre : Genet a connu une jeunesse difficile, faite de fugues et de questionnements qui lui font connaître quelques séjours derrière les barreaux. Attiré par un « Mal » sublimé, c’est cette fascination pour le crime, le crime en tant qu’acte isolé, en tant que but en soi, qui même au delà de l’Humanité même, qui est au cœur de sa pièce.

Haute Surveillance, ce sont trois détenus et un surveillant. Un univers carcéral, froid, clos, que l’auteur connaît bien. Il y a Yeux-Verts, celui qu’on respecte, qu’on admire, le seul véritable criminel. Marcel et Lefranc, les deux autres détenus, se tournent autour, se cherchent, s’affrontent, pour obtenir à la fois la domination de l’autre et l’approbation d’yeux-verts. Une danse dans laquelle l’auteur s’attache à ne mettre aucune morale, aucune pitié. Le but n’est pas d’inculquer une quelconque leçon au spectateur.

Photographie Emilie Zeizig

De ce texte dur et poignant, Cédric Gourmelon nous propose une mise en scène épurée, se concentrant sur l’essentiel. Des mots qui fusent, des corps à la recherche de la virilité, de « l’Homme ». Ils se tendent et se détendent, s’emboîtent et se brisent, s’embrassent et se heurtent sous une lumière froide. Il n’en faut pas plus pour remplir tout l’espace et emporter le public. On se concentre sur l’essentiel. On assiste à un ballet sauvage et ordonné où chaque phrase semble avoir un double sens, où chaque réplique semble emplie d’une beauté cruelle. Les positions s’inversent ; chacun est à la fois soumis et dominant, tandis que Yeux Verts est élevé en figure quasi divine. La tension monte et redescend, mais ne nous perd jamais.

Il s’agit donc d’une pièce qui peut déranger moralement, de part son thème et son point de vue sur celui ci. Mais c’est avant tout un moment de poésie noire sous haute tension, servi par de merveilleux acteurs et une mise en scène efficace.

Texte : Jean Genet
Mise en scène : Cédric Gourmelon
Studio de la comédie française (Galerie du Carrousel du Louvre)
Place jeune : 14€

 

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